Désirer le futur : comment l'imaginer et le créer ensemble ?
Changement de décor pour ce nouvel épisode !
Après l'écologie populaire avec Banlieues Climat, après l'écologie décoloniale avec Océane Toukam, je me retrouve au au Mix Brussels, cet endroit branché de la capitale, en bordure de forêt de Soignes où me donne rendez-vous vous mon prochain invité : Colas Van Moorsel. C'est là qu'il travaille, fait son sport, réseaute et se ressource.
Je vous explique :
Colas, il est enseignant et activiste pour la justice climatique. C'est un gars qui a décidé de transformer sa colère lucide et ses privilèges en un métier spécifique : «vendeur de rêve», littéralement. Sa passion : redonner de l’espoir aux gens, et surtout, les faire passer à l’action vers un futur désirable.
Rêver demain : l'imaginaire, l'espoir et les liens
Et si, en fin de compte, ce n'est pas ça le plus urgent : comme les enfants qui jouent des heures à coups de "On disait que", être capable d’imaginer un monde nouveau, de le désirer profondément, pour avoir envie d’y vivre, tout simplement ?
Comment faire pour stimuler ce jeu-là ? Franchement, moi, ça fait 15 ans que j’informe sur les questions de transition, et c’est toujours le même dilemme : il faut informer sur l’état d’urgence écologique, sur les rapports de pouvoir qui en sont à l’origine… il faut aussi emmener toute le monde dans cette transition nécessaire. Mais sans faire peur, sans culpabiliser ni paralyser les personnes, sans polariser.
Il faut rester POSITIF.
Scoop ça ne marche pas.
Parce qu'informer ne suffit pas, il faut faire rêver aussi.
Garder le cap et le mojo
Colas, il a milité activement pendant quelques années auprès de Youth for Climate. Il s'est rendu à la fameuse COP 26 de Glasgow. Et à 21 ans, il a compris le fossé entre les promesses politiques et la réalité de terrain. Sorti de l'illusion, il s'est acharné, s'est informé sur les enjeux, les luttes, les liens entre celles-ci.
Aujourd'hui, c'est un jeune prof dans une école de communication où enseigne "les nouveaux récits" aux étudiants. Pour lui, la transition est en marche, il faut accompagner le changement de mentalité, assurer la transition culturelle.
“Aujourd’hui avec le cinéma, la pub, on se fait facilement une image d’un futur dévasté, dystopique et plein de zombies… ce qui alimente un sentiment de perte et d’impuissance. Imaginer de nouveaux récits et des utopies réalistes, c’est montrer qu’autre chose est possible." explique-t-il.
Son mantra pour garder le cap et transmettre la niaque :

Digne héritier de Rob Hopkins ou Cyril Dion, qui ont été des déclencheurs dans sa trajectoire. Et dont il s'inspire pour faire sa propre recette. Il y ajoute un autre ingrédient fondamentale : les connaissances et les outils des sciences comportementales. Celles qui permettent de comprendre les freins au changement, et surtout d'activer les leviers qui les débloquent.
Choisir son personnage
Dans le grand jeu de la transition, Colas distingue quatre types de personnages, avec des rôles spécifiques. D'abord, les destructeur.ice.s c’est-à-dire les créatif.ve.s, les artistes, les communicant.e.s… les personnes qui innovent et imaginent des alternatives pour construire demain.
Il distingue trois autres rôles essentiels pour maintenir le mouvement :
Creuser le sujet
Voilà la liste des références citées dans l'épisode :
- Pour en savoir plus sur Colas et retrouver la liste des ressources dont il parle : www.colasvanmoorsel.com
- How to Fall in Love with the Future de Rob Hopkins (2025)
- Less is More, How Degrowth Will Save the World, de Jason Hickel (2020)
- Utopie réaliste et Humankind de Rutger Bregman
- Le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici (BD)
- Journal Inquiet d’Istanbul de Ersin Karabulut (BD)
- le travail du collectif Parlons Climat (méthode de dépolarisation)
Focus
Deux livres qui attirent mon attention en ce moment, autour de cette thématique "rêver demain" :
Bienvenue en 2055, dans un monde neutre en carbone, de Magali Reghezza-Zitt (ed. Seuil). Elle est géographe, spécialistes des questions environnementales. Alors, puisqu'on parle d'imaginer des utopies réalistes, son livre tombe à pic : ce n'est pas de la sciences-fiction mais une fiction scientifique possible qui nous imagine en 2055, dans un monde neutre en carbone donc. Nous aurions réussi à stabiliser l'habitabilité de la Terre grâce aux préconisations des scientifiques. Le paysage s'est transformé (la végétation est revenue, les oiseaux, les insectes aussi), les métiers ont évolué (moins rythmés) et la mobilité douce a pris le dessus. Je n'ai pas encore fini de le lire, mais il a un puissant pouvoir de projection!
Le guide pour réensauvager les jardins, de Quentin Travaillé (ed. Albin Michel). Rien à voir vous allez me dire, mais pour moi oui : ce livre est parfait pour déconstruire nos représentations des jardins bien nets, proprets et sans vie. Plein de conseils pour créer des zones plus sauvages autour de la maison (ou sur un balcon, un terrasse, un petit jardin de ville), et faire revenir la vie, partout. Depuis que j'ai commencé à lre ce guide, je développe mon observation du vivant au jardin et j'apprends à l'organiser autrement. Vous connaissez peut-être le travail de Quentin Travaillé via son compte Instagram @Laviepartout